Les défis de la France dans la défense de l’Arabie saoudite face aux Houthis

Les défis de la France dans la défense de l’Arabie saoudite face aux Houthis

Après avoir été abandonnée par Washington, l’Arabie saoudite mise sur les pays de l’Union européenne, et en premier lieu sur la France, pour assurer la protection non seulement de la liberté de navigation dans la mer Rouge et au détroit de Bab el-Mandeb, mais aussi de l’installation pétrolière du port de Yanbu. Cependant, la multiplicité des fronts militaires au niveau international constitue le plus grand défi pour la France dans cette mission.

Le président français Emmanuel Macron a révélé, le 24 septembre, dans des déclarations, l’intention de la France de participer à la protection du port saoudien de Yanbu, situé sur la mer Rouge. Il a précisé que la France enverrait des radars et des systèmes de défense, ainsi que des soldats chargés de les faire fonctionner et de protéger cette installation pétrolière. L’oléoduc reliant l’est de l’Arabie saoudite à Yanbu, sur la mer Rouge, est considéré comme une alternative aux perturbations des exportations dans le golfe Persique. Le port est quant à lui actuellement la cible d’attaques des Houthis, ce qui a entraîné une baisse des exportations de pétrole saoudiennes.

Afin d’éviter toute tension avec les Houthis, il a souligné que la mission des forces militaires françaises serait défensive et qu’elles ne participeraient pas aux combats ni ne s’impliqueraient dans un quelconque conflit régional. Il a justifié cette décision par la nécessité d’assurer le transport et l’exportation du pétrole par la mer Rouge, notamment en raison des perturbations affectant le secteur énergétique de la région. Macron sait qu’entrer en confrontation avec les Houthis reviendrait à s’exposer à un veto sur le passage des navires français par le détroit de Bab el-Mandeb.

D’un point de vue militaire, et malgré l’importance de la décision française, celle-ci pourrait certes alléger la pression exercée par les Houthis, mais son efficacité restera limitée pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la France ne peut pas déployer un grand nombre de systèmes de défense, notamment ceux embarqués à bord des frégates, car elle est confrontée à plusieurs fronts. À cet égard, la France dispose de forces militaires à proximité du détroit de Bab al-Mandab dans le cadre de la mission européenne « Aspides », dont l’objectif est de garantir la sécurité de la navigation. Elle dispose également de navires en mer Noire pour surveiller l’activité militaire russe et maintient des forces sur ses côtes en prévision de toute urgence militaire, d’autant que l’Europe vit actuellement un climat de tension avec la Russie. Outre ses systèmes de défense et ses frégates de guerre, elle fera appel à des chasseurs Rafale et s’appuiera, pour cette mission, sur ses deux bases militaires situées aux Émirats arabes unis et à Djibouti. La France orientera sans aucun doute la frégate participant à la mission « Aspides » vers la mer Rouge, compte tenu de la proximité géographique et de la similitude des missions entre la protection de Yanbu et la sécurité de la navigation au détroit de Bab el-Mandeb.

D’autre part, à l’instar des autres pays occidentaux, la France ne dispose pas de munitions suffisantes, notamment de systèmes de défense aérienne, pour faire face aux Houthis si ceux-ci intensifiaient leurs frappes contre l’Arabie saoudite et des cibles françaises au Moyen-Orient, comme des navires. L’une des raisons de l’arrêt des frappes américaines contre l’Iran est la diminution plus marquée des stocks de systèmes de défense aérienne que celle des missiles d’attaque. En effet, la plupart des pays européens connaissent une baisse considérable de leurs stocks de systèmes de défense, car ils en ont fourni une partie à l’Ukraine dans le cadre de son conflit avec la Russie. De plus, les pays occidentaux ont participé à la riposte contre les attaques visant Israël lors des bombardements iraniens en juin de l’année dernière et ont épuisé une grande partie de leurs missiles de défense pour protéger les pays du Golfe lors de la dernière guerre. Par ailleurs, la production de ces missiles est longue : leur rythme d’utilisation en temps de guerre est rapide, tandis que leur rythme de production est lent.

En troisième lieu, la France ne dispose pas de systèmes de défense plus avancés que les États-Unis pour contrer les missiles balistiques quasi-hypersoniques utilisés par les Houthis. L’Arabie saoudite utilise en effet des systèmes plus sophistiqués et plus précis, tels que le « Patriot » et le « THAAD ». Cependant, ceux-ci ne parviennent pas à intercepter tous les missiles et drones lancés par les Houthis. Certains ont en effet réussi à contourner les systèmes de défense saoudiens et occidentaux au Royaume-Uni pour frapper des bases militaires et des installations pétrolières. Il est difficile d’affirmer que les systèmes de défense aérienne français, tels que le SAMP/T NG, parviendront à intercepter ce que les systèmes américains n’ont pas réussi à faire.

L’annonce par la France de son soutien à l’Arabie saoudite s’inscrit dans le cadre de la coopération militaire et de défense entre les deux pays, coopération qui a connu un bond en avant après la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Paris en août dernier. Elle survient également après le désengagement relatif des États-Unis dans la lutte contre les Houthis, laissant les Saoudiens seuls face à eux, comme le souligne Camille Loin, experte du Golfe arabe à l’Institut européen des relations internationales. Cela met en évidence à quel point l’Arabie saoudite mise sur les pays européens en tant que nouveaux alliés. Les médias avaient rapporté qu’un avion de combat italien « Eurofighter » avait été endommagé le 18 septembre dernier à la base aérienne de Taïf, confirmant ainsi la présence de forces européennes en Arabie saoudite pour contrer les attaques des Houthis. Selon la presse italienne, le gouvernement de Rome a reconnu la présence d’avions de combat italiens contribuant à la sécurisation des ressources pétrolières.

Dans une analyse de la décision française sous son angle international, le journal Le Monde a estimé dans son éditorial du 26 septembre 2026 qu’il s’agissait d’un véritable tournant géopolitique, alors que Riyad cherche de nouveaux alliés face aux hésitations américaines à le soutenir. En effet, la coopération entre Paris et Riyad va cette fois-ci au-delà des exercices d’entraînement et de quelques manœuvres conjointes pour déboucher sur une véritable alliance militaire. Il s’agit par ailleurs du deuxième accord de ce type résultant de la guerre avec l’Iran, après la décision prise par Paris en mars dernier de contribuer à la défense des Émirats arabes unis.

Le plus grand défi pour la France reste le fait que la Cinquième Flotte américaine n’ait pas réussi à mettre fin aux attaques des Houthis entre 2023 et 2025. L’amiral Brad Cooper, qui était alors commandant adjoint du Commandement central américain et dirigeait les opérations de la Cinquième Flotte dans la région, a qualifié ces opérations de « plus importantes et les plus intenses menées par la marine américaine depuis la Seconde Guerre mondiale ».  C’est l’une des raisons qui ont poussé le Pentagone à se retirer de la confrontation avec les Houthis. La France parviendra-t-elle à défendre l’Arabie saoudite face aux Houthis ? Les événements à venir apporteront la réponse.