Géopolitique : une vision du Sud (Éditions L’Harmattan) est un livre du journaliste El Houssine Majdoubi Bahida, qui cherche à exposer une perspective géopolitique émanant du Sud lui-même, en abordant certaines des préoccupations propres à cet espace méridional vaste et diversifié. Il examine la manière dont les grands événements survenus au cours de la dernière décennie contribuent à l’éveil du Sud et aux défis auxquels les nations de l’hémisphère Sud sont confrontées, tout en s’interrogeant sur l’avenir des relations entre la France et le Sud.
L’ouvrage part d’un appel lancé aux chercheurs afin qu’ils utilisent le terme « Nations du Sud » plutôt que des appellations occidentales telles que « tiers monde » ou « Sud global ». L’auteur considère en effet que ces termes ont été forgés dans des contextes économiques et politiques liés à l’Occident et à sa vision des autres. Il inscrit cette invitation dans le cadre d’une révision de nombreux termes que l’Occident a attribués aux nations du Sud au cours des siècles. Certains de ces termes peuvent être considérés comme scientifiques et objectifs, tandis que d’autres relèvent d’une approche purement orientaliste, parfois inspirée par une culture de la suprématie et de la domination de l’autre.
Dans la première partie, l’auteur se concentre sur les concepts théoriques permettant d’expliquer les changements de la carte géopolitique mondiale. Il met notamment en lumière le déplacement progressif de la puissance économique de l’Occident vers l’Orient, comme s’il s’agissait d’un grand cycle civilisationnel, à la lumière des théories d’Ibn Khaldoun, de Toynbee et de Spengler. Il considère que la maîtrise de la connaissance et la révolution technologique constituent les principaux moteurs du changement actuel.
L’auteur s’interroge également sur la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine et sur la manière dont celle-ci redessine la carte des alliances mondiales, tout en imposant aux nations du Sud de nouveaux choix d’alignement entre les deux camps. L’ouvrage passe ensuite en revue les différents concepts géopolitiques actuellement adoptés par les grandes puissances, notamment les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Union européenne.
L’un des chapitres les plus importants du livre traite du réveil des nations du Sud et de la manière dont celles-ci ont acquis une nouvelle conscience à la suite d’événements majeurs qui ont marqué le monde au cours des deux dernières décennies. Certains de ces événements sont liés à l’évolution sociologique de ces sociétés, notamment à l’émergence d’une élite consciente, réunie autour d’une vision commune et prête à jouer son rôle historique dans la promotion du progrès de ses pays.
D’autres événements ont incité les nations du Sud à envisager de miser davantage sur l’autosuffisance. La pandémie de COVID-19, la guerre russo-ukrainienne et la guerre en Palestine les ont notamment conduites à s’interroger sur la possibilité d’un retour à la « loi de la jungle » et à la loi du plus fort, ainsi que sur la question de savoir si la solution pourrait résider dans une alliance du Sud.
Dans la deuxième partie de l’ouvrage, l’auteur met en avant les pays qui symbolisent, selon lui, le réveil du Sud au cours de la dernière décennie. Il s’intéresse plus particulièrement au rôle de la Turquie, qu’il décrit comme la « Chine de la Méditerranée », et à sa volonté de réduire l’influence française. Il examine également la manière dont le Maroc tente de retrouver son rôle historique en Afrique de l’Ouest et dont l’Afrique du Sud cherche à devenir le porte-parole du continent africain. Il aborde ensuite les rôles particulièrement actifs joués par de petits pays émergents, tels que les Émirats arabes unis et le Qatar, dans les relations internationales, notamment dans la gestion et la médiation de grands conflits.
Parmi les signes de la renaissance du Sud, le livre aborde le développement de l’industrie militaire dans des pays comme la Turquie, l’Iran et le Pakistan, ainsi que la manière dont cette évolution commence à redessiner les équilibres régionaux dans plusieurs zones du Sud, en particulier dans les régions touchées par les conflits. L’auteur donne notamment l’exemple de l’utilisation de drones iraniens et turcs dans la guerre russo-ukrainienne, où, pour la première fois depuis des siècles, des armes fabriquées dans le Sud sont utilisées dans une guerre se déroulant dans le Nord.
L’ouvrage aborde également certains des défis auxquels le Sud est confronté dans sa marche vers un réveil géopolitique, notamment le poids des prêts et de l’endettement, qui peuvent entraver les investissements. Il évoque également l’obstacle que constitue, selon lui, l’accès limité à l’énergie nucléaire pour la production d’électricité, comme si l’Occident et les grandes puissances s’étaient arrogé le droit exclusif d’utiliser cette technologie.
Selon l’auteur, l’Occident semble partir du principe d’un choc des civilisations dans le domaine de l’énergie nucléaire, en raison notamment de son insistance à empêcher certains pays du Sud d’en tirer pleinement parti à des fins civiles. Cette question constitue ainsi l’un des enjeux majeurs de la souveraineté énergétique et technologique des nations du Sud.
L’ouvrage examine ensuite la relation complexe entre le Sud et les pays occidentaux qui l’ont autrefois colonisé, alors que certains États et des militants de la société civile commencent à réclamer des réparations pour les préjudices liés à la période coloniale. Il montre notamment comment des pays comme l’Algérie concentrent leurs revendications sur la France dans ce que l’auteur appelle la « guerre de la mémoire ».
Un chapitre est également consacré à la relation entre la France et les nations du Sud. L’auteur s’interroge sur la possibilité pour la France de passer d’une période de tutelle exercée sur certains pays, notamment africains, à une nouvelle phase fondée sur la coordination et la coopération dans les dossiers internationaux. Cette évolution serait liée au fait que Paris ne disposerait plus de la même capacité qu’auparavant à prendre seul des décisions ayant une portée internationale.
Le livre se termine par des propositions théoriques concernant les enjeux géopolitiques auxquels les nations du Sud devront faire face à l’avenir. L’auteur met notamment l’accent sur ce qu’il appelle « la géopolitique de l’intégration et de la convergence », présentée comme une voie possible pour renforcer la coopération, l’autonomie et le poids international des nations du Sud.
El Houssine Majdoubi Bahida est journaliste et écrivain d’origine marocaine, résidant au Royaume-Uni. Docteur en sciences de la communication, il travaille pour le journal Alquds Arabia (alquds.co.uk), basé à Londres, où il traite des enjeux internationaux, notamment des relations entre l’Union européenne et le Maghreb. Son observation quotidienne de l’actualité, nourrie à la fois par une approche journalistique et une réflexion académique, l’a conduit à publier plusieurs ouvrages consacrés aux relations internationales, dont celui-ci, centré sur les aspirations des nations du Sud.
Éditeur : Éditions L’Harmattan
Date de parution : 23 avril 2026
Langue : français
Nombre de pages : 198
ISBN-10 : 2336613794
ISBN-13 : 978-2336613796