Entre le 16 et le 20 juillet 2026, les relations euro-maghrébines ont été marquées par la tenue de trois sommets majeurs : le sommet hispano-algérien, le sommet maroco-français et le sommet germano-algérien. L’examen des déclarations et des communiqués finaux montre un net recul de l’influence du dossier du Sahara occidental sur les relations entre les pays de la rive occidentale de la Méditerranée au cours de l’année écoulée, ainsi que, plus largement, sur l’ensemble des relations entre le Maghreb et l’Europe, alors qu’il occupait auparavant une place centrale.
S’agissant du poids du dossier saharien dans ces trois sommets, le sommet algéro-espagnol demeure le plus significatif, dans la mesure où les relations entre les deux pays s’étaient essentiellement détériorées en raison de cette question. Après les fortes tensions provoquées par le soutien apporté en 2022 par le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, à la proposition marocaine d’autonomie comme solution au conflit du Sahara, dans une lettre adressée au roi Mohammed VI, les relations semblent aujourd’hui entrer dans une phase de stabilisation. À l’époque, l’Algérie avait rappelé son ambassadeur à Madrid et suspendu les importations en provenance d’Espagne, avant de revenir sur ces mesures deux ans plus tard.
Le symbole le plus marquant de cette évolution est la visite effectuée par Pedro Sánchez en Algérie le 20 juillet 2026, au cours de laquelle il s’est entretenu avec le président Abdelmadjid Tebboune. Les deux parties sont également convenues d’organiser un sommet entre les chefs de gouvernement des deux pays au mois d’octobre prochain.
Les observateurs des relations en Méditerranée occidentale se sont particulièrement intéressés à la place accordée au dossier du Sahara dans le communiqué final de cette visite, marquée par la relance de la coopération économique, notamment dans le domaine de l’énergie, l’Algérie bénéficiant d’un statut prioritaire pour l’approvisionnement de l’Espagne en gaz. Bien que le dossier du Sahara n’ait pas été évoqué publiquement, l’agence espagnole Europa Press, dans un long article publié lundi de cette semaine, indique que les responsables en ont bien discuté lors de leurs entretiens, sans toutefois en révéler le contenu.
La plupart des analystes spécialisés dans les relations bilatérales ou dans les relations entre l’Espagne et les pays du Maghreb estiment que cette omission résulte d’un choix politique délibéré des deux parties, destiné à faciliter la normalisation des relations sans rouvrir le dossier à l’origine de la crise diplomatique de 2022. Ainsi, la question du Sahara était présente en toile de fond de la visite, mais elle a été écartée du communiqué final ainsi que de l’ordre du jour officiel. Le quotidien El País souligne d’ailleurs que Pedro Sánchez n’a pas modifié sa position sur le Sahara et continue de soutenir la proposition d’autonomie comme cadre de référence pour le règlement du conflit.
Le principal message concernant le dossier saharien durant cette visite a été la réaffirmation du soutien aux efforts des Nations unies. Cette position permet à l’Espagne d’éviter toute difficulté dans ses relations avec le Maroc, dans la mesure où les initiatives actuelles des Nations unies tendent à privilégier l’option de l’autonomie, conformément à la résolution du Conseil de sécurité adoptée le 31 octobre 2025 sur ce différend. En parallèle, Madrid inscrit également sa position dans la ligne générale de l’Union européenne sur cette question.
Avant ce sommet avec l’Espagne, le président algérien Abdelmadjid Tebboune s’était rendu en Allemagne le 16 juillet 2026, où il avait rencontré les plus hauts responsables allemands. La visite s’est conclue par l’annonce d’un agenda stratégique pour le partenariat algéro-allemand, ainsi que par la signature de plusieurs accords et protocoles d’accord visant à renforcer la coopération économique et technologique.
L’Algérie cherche ainsi à consolider son partenariat avec l’Allemagne dans un contexte marqué par les tensions persistantes avec la France au cours des dernières années, liées à plusieurs dossiers, notamment celui de la mémoire coloniale. Quant à la question du Sahara occidental, elle n’a occupé qu’une place secondaire durant cette visite, étant simplement évoquée parmi les dossiers régionaux, aux côtés de la Libye et du Sahel.
La position de Berlin demeure conforme à sa politique traditionnelle sur ce dossier, consistant à soutenir les efforts des Nations unies. Dans le contexte actuel, cela revient à appuyer le processus privilégiant la solution de l’autonomie, conformément à la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée le 31 octobre 2025. L’Allemagne s’est toujours alignée sur la position des Nations unies et n’a jamais souhaité jouer un rôle direct dans ce dossier, ni servir de médiateur entre Rabat et Alger, y compris lorsque l’ONU avait nommé l’Allemand Horst Köhler envoyé personnel du Secrétaire général entre 2017 et 2019, alors même que ce dernier avait été président de la République fédérale d’Allemagne de 2004 à 2010.
Le 17 juillet 2026, Rabat a accueilli un sommet maroco-français réunissant les chefs de gouvernement des deux pays. Présenté comme un sommet stratégique, il ouvre la voie à une coopération élargie dans les domaines économique, diplomatique, culturel et de la défense, ainsi qu’à une coordination renforcée sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun.
Ce sommet est intervenu après plusieurs années de tensions entre Rabat et Paris, liées à différents dossiers, notamment la position française sur le Sahara occidental, mais aussi l’affaire du logiciel espion israélien Pegasus, dans laquelle la France avait accusé le Maroc d’avoir espionné plusieurs ministres ainsi que le président Emmanuel Macron.
Bien que le dossier du Sahara n’ait pas occupé une place centrale lors de ce sommet, Paris a maintenu la position annoncée en 2024, consistant à soutenir la proposition d’autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine. Le quotidien Le Monde écrivait, le 17 juillet, que les orientations du sommet reposaient sur cette position française favorable à l’autonomie. De son côté, La Tribune soulignait dès le 16 juillet que les nouvelles relations entre les deux pays se construisaient précisément sur la base de ce tournant opéré par Paris en 2024.
À la lecture des conclusions du sommet, la position française sur le conflit du Sahara apparaît pleinement cohérente avec cette nouvelle orientation de la politique étrangère française. Elle confirme que ce choix demeure l’un des fondements du partenariat stratégique franco-marocain, sans qu’aucune modification du principe qui le sous-tend n’ait été annoncée. La presse marocaine n’a guère insisté sur cette position, la considérant désormais comme acquise. Les ministres marocains, eux aussi, n’ont pas particulièrement mis l’accent sur cette question dans leurs déclarations, estimant que la position française est désormais solidement établie.
Le dossier du Sahara a longtemps constitué un facteur déterminant dans les relations euro-maghrébines. Le Maroc s’efforçait, à chaque sommet ou rencontre bilatérale, d’obtenir une prise de position, même partielle, en faveur de sa proposition d’autonomie. À l’inverse, l’Algérie insistait pour que les communiqués finaux rappellent explicitement le principe du droit à l’autodétermination. À plusieurs reprises, elle a également eu recours à des mesures diplomatiques et économiques de rétorsion, telles que le rappel de son ambassadeur ou la réduction du niveau des relations économiques, comme ce fut le cas avec la France et l’Espagne au cours des trois dernières années.
Cependant, depuis l’adoption de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 31 octobre 2025, qui a accordé une priorité à l’option de l’autonomie, et après la réaffirmation par les États-Unis de leur soutien à cette orientation, plusieurs pays européens se sont inscrits dans cette dynamique. Cette évolution a contribué à réduire l’impact du conflit du Sahara sur les relations entre le Maghreb et l’Europe.
Les trois sommets organisés entre la semaine dernière et cette semaine semblent confirmer cette tendance. Ils témoignent d’une volonté manifeste d’écarter délibérément ce dossier des déclarations et des communiqués officiels, afin d’éviter de raviver les tensions entre les parties concernées et de privilégier une approche pragmatique donnant la priorité à la coopération économique et stratégique, tandis que le traitement du différend politique demeure confié aux Nations unies.