Le désastre d´Ormoz

Le désastre d´Ormoz

On attribue généralement aux combats et aux guerres des noms précis plutôt que des descriptions générales et vagues, surtout lorsque ces conflits se répètent entre les mêmes parties. Cela s’explique par la prédominance d’un événement central qui marque le déroulement de la guerre et en résume la signification symbolique. Dans ce contexte, on peut considérer la deuxième guerre américano-israélienne contre l’Iran, qui a éclaté le 28 février 2026, comme une guerre dont le nom pourrait se résumer à « le désastre d’Ormuz », à l’instar de la première guerre, en juin dernier, qui a été résumée en « la guerre des douze jours ». Cela s’explique par le fait que le détroit d’Ormuz est devenu le théâtre de l’un des plus grands défis de l’histoire militaire américaine, notamment dans sa dimension maritime, à tel point que la Maison Blanche a semblé perdre son équilibre après avoir échoué à ouvrir le détroit.

En parcourant l’histoire, on trouve des noms géographiques donnés à des guerres ou des appellations ayant une autre signification. Dans l’histoire marocaine, par exemple, l’une des plus grandes batailles qui a marqué l’histoire est la bataille de Wadi al-Makhazen, également appelée « bataille des trois rois », notamment dans l’historiographie européenne. Cette guerre s’est déroulée dans le nord du Maroc, dans la vallée de Wadi al-Makhazen, en 1578. L’armée marocaine y affronta le Portugal, qui comptait alors parmi les grandes puissances du Monde Le Portugal fut vaincu, ce qui précipita sa chute sous la domination coloniale espagnole et lui fit perdre son prestige naval mondial. Ce facteur, parmi d’autres, permit l’émergence rapide de grandes puissances telles que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. Elle ne porte pas le nom de « guerre luso-marocaine », mais celui du lieu géographique : « bataille de Wadi al-Makhazen » pour les Marocains, et « bataille des trois rois » pour les Européens, car trois rois y trouvèrent la mort : le célèbre roi portugais Sébastien Ier, puis le sultan marocain déchu al-Mutawakkil, ainsi que le sultan marocain Abd al-Malik al-Saadi.

Parfois, les guerres sont désignées par la date de leur déclenchement, comme dans le cas de la « guerre du 7 octobre » dans la bande de Gaza en 2023. Dans d’autres cas, on leur donne des noms à connotation très symbolique ou propagandiste qui peuvent minimiser l’importance de l’autre partie et qui sont repris sans discernement. C’est le cas du terme « guerre des Six Jours », utilisé pour désigner le conflit entre Israël et les armées arabes au Moyen-Orient en 1967. Cette appellation repose sur une connotation symbolique liée au récit de la création de l’univers en six jours, et suggère une issue rapide. Elle reflète ainsi un récit qui considère cette guerre comme une défaite cuisante pour la partie arabe, connue historiquement sous le nom de « Naksa ». Il existe également des guerres majeures désignées par un ordre numérique, comme les guerres puniques entre les Romains et les Carthaginois (première, deuxième et troisième guerres puniques) entre 264 et 146 av. J.-C., ou encore la Première Guerre mondiale puis la Seconde Guerre mondiale dans la première moitié du XXe siècle.

D’une manière générale, c’est le nom géographique qui prédomine dans la dénomination des guerres, qu’il s’agisse de la guerre de Marathon en Grèce antique, de la bataille de Poitiers dans le sud de la France au Moyen Âge entre musulmans et chrétiens, ou de la bataille de Waterloo qui marqua la fin de Napoléon et porte le nom d’un village belge. Parfois, elles portent le nom du pays, comme les guerres menées par l’armée américaine : la guerre du Viêt Nam ou la guerre en Afghanistan aux XXe et XXIe siècles.

La guerre américano-israélienne contre l’Iran, qui a éclaté le 28 février 2026, a touché l’ensemble du territoire iranien ainsi que les pays du Golfe, le Liban, la Palestine et Israël. Elle s’est même étendue, de manière limitée et exceptionnelle, à Chypre et à la Turquie. Il convient donc de la qualifier de « guerre du Moyen-Orient » ou d’utiliser une appellation qui mette en avant son caractère régional. Cependant, au vu d’un ensemble de données, notamment de la nature de cette guerre, il nous semble plus approprié d’adopter l’appellation « le désastre du détroit d’Ormuz ». Cette dénomination combine la référence géographique et la portée géopolitique de ce conflit.

Au début, la décision de l’Iran de fermer ce point de passage et de contrôler le trafic a constitué l’une des surprises les plus marquantes de ce conflit. Bien que les services de renseignement américains et occidentaux aient évoqué la possibilité d’une telle fermeture, ils l’avaient pour la plupart écartée, partant du principe que l’Iran ne prendrait pas de mesure susceptible de nuire à ses intérêts vitaux, ce passage constituant la principale voie d’exportation du pétrole et du gaz vers l’étranger.

Finalement, le pire scénario s’est produit : le détroit d’Ormuz a été fermé à la navigation internationale, à l’exception des navires de certains pays, sur décision des autorités iraniennes. Le trafic maritime a commencé à être perturbé début mars 2026. Entre le 10 et le 12 mars, des responsables iraniens ont fait des déclarations évoquant cette fermeture, qui est finalement devenue réalité le 16 mars. Désormais, tout navire doit obtenir un visa de l’Iran pour transiter dans n’importe quelle direction.

Dans le même temps, la fermeture de ce passage maritime par l’Iran provoque une véritable crise qui menace désormais l’économie mondiale. Son impact ne se limite pas aux pays du Golfe et à l’Iran, mais s’étend au monde entier, en raison de la dépendance de nombreux pays à l’égard du pétrole et d’autres matières premières essentielles, comme les engrais, provenant de cette région. Et même si les États-Unis comptent actuellement parmi les plus grands producteurs de pétrole au monde, leur économie a également été affectée par la hausse significative des prix.

Cependant, c’est l’aspect militaire qui est au cœur de l’appellation « désastre d’Ormuz ». Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis se sont engagés à fournir au monde une monnaie forte, le dollar, pour les échanges commerciaux, puis à déployer leurs forces militaires dans les mers du globe afin de garantir la liberté de navigation et de commerce, face à la piraterie et aux menaces étatiques. Les États-Unis sont considérés comme la première puissance navale mondiale grâce à leurs multiples flottes couvrant toutes les régions : l’Amérique du Sud, l’Europe, la Méditerranée, l’Europe du Nord, le golfe Persique et la région chinoise. Ces flottes, réparties en six zones d’opération (elles étaient sept à l’origine, mais la première flotte de l’océan Indien et de l’Asie du Sud-Est n’est plus opérationnelle à l’heure actuelle et pourrait être réactivée dans les années à venir pour contenir la Chine), varient en taille et en puissance, avec des navires, des sous-marins et des porte-avions, et sillonnent les mers du monde pour protéger le commerce mondial et intervenir en cas de crise.

La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran a représenté l’un des plus grands défis auxquels le Pentagone ait été confronté depuis la Seconde Guerre mondiale. En effet, elle a constitué une atteinte directe et manifeste aux capacités opérationnelles de la Cinquième Flotte américaine, considérée comme la deuxième force navale la plus importante des États-Unis après la Septième Flotte, basée dans la région Asie-Pacifique. Le quartier général de la Cinquième Flotte se trouve à Bahreïn, au cœur du golfe Persique, mais aucun bâtiment militaire américain n’a réussi à franchir le détroit d’Ormuz durant toute la durée de la guerre.

La 5e flotte n’est pas parvenue à ouvrir le détroit d’Ormuz, malgré la présence de porte-avions, de destroyers et de navires des Marines, ainsi que d’un appui aérien. Elle s’est contentée de bombarder des cibles iraniennes à longue distance ou par voie aérienne, causant d’importantes pertes en Iran. Cet échec est attribué à l’utilisation par l’Iran de drones, de missiles et de bateaux kamikazes qui ont rendu le passage de tout navire de guerre américain par le détroit d’Ormuz pratiquement impossible.

Cette guerre constitue un échec pour la diplomatie internationale, qui n’a pas réussi à résoudre le conflit dès ses premiers jours. Elle représente également un coup dur pour l’économie mondiale en raison des répercussions négatives qu’elle a subies, à l’instar de ce qui s’est produit lors de la pandémie de coronavirus. Enfin, elle s’apparente à un revers militaire, car la puissance militaire américaine, pourtant largement supérieure à celle de l’Iran, n’a pas réussi à ouvrir le détroit d’Ormuz, les méthodes de guerre ayant évolué. Au vu de toutes ces données, la meilleure appellation pour cette guerre est « le désastre du détroit d’Ormuz ». Une appellation qui allie la dimension géographique et la dimension géopolitique.

Cette guerre est un échec pour la diplomatie internationale, qui n’a pas réussi à résoudre le conflit dès ses premiers jours. Elle représente également un coup dur pour l’économie mondiale, en raison des répercussions négatives qu’elle subit, à l’instar de ce qui s’est produit lors de la pandémie de coronavirus. Enfin, elle constitue un revers militaire, car la puissance militaire américaine, pourtant largement supérieure à celle de l’Iran, n’est pas parvenue à ouvrir le détroit d’Ormuz, en raison de l’évolution des méthodes de guerre. « Hormuz » a été le mot le plus utilisé dans la presse internationale pendant le conflit, et Londres a accueilli une conférence internationale réunissant 40 pays le premier avril 2026, afin de trouver une solution pour le détroit d’Ormuz et permettre le passage des navires. Il s’agissait de la seule conférence internationale organisée pour mettre fin à la guerre.

Au vu de tous ces éléments, le terme « revers du détroit d’Ormuz » semble le plus approprié pour qualifier cette guerre. Cette appellation allie la dimension géographique et géopolitique à un changement profond dans la nature des guerres, car elle reflète l’impuissance de la plus grande puissance militaire du monde, un fait sans précédent. Effectivement, le mot « Hormuz » fait partie des éléments qui annoncent un basculement géopolitique vers un monde sensiblement différent avec des nouvelles réalités.